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Blackfish

J’ai toujours eu une peur bleue de l’eau.

Dans une piscine ça va je profite, et encore je trouve parfois le moyen de stresser à l’idée qu’une créature sous-marine surgisse de nulle part. Alors dans la mer, je vous laisse imaginer… Je ne vais jamais là où je n’ai pas pieds, et encore moins dans les eaux troubles. Il faut dire que toute petite, mon père, mon frère et moi avons été surpris par une baïne alors qu’on jouait tranquillement avec de l’eau à hauteur de bassin. On a failli se noyer ce jour là. Forcément c’est un peu traumatisant… Mais bref si je vous dis ça c’est pour dire qu’à priori, le monde marin et moi ça fait deux. Et pourtant…

C’est la première chose à laquelle j’ai pensé en me réveillant ce matin : Tilikum ; les orques ; Seaworld.

Je n’ai jamais mis les pieds dans ce genre de parcs aquatiques, par intuition où par désintérêt du monde marin. Mais avant de regarder le documentaire BLACKFISH hier soir sur Arte, je n’avais aucune idée de l’atrocité des conditions de vie des orques en captivité.

Dans la nature une orque femelle vit jusqu’à 90 ans, et un mâle jusqu’à 60 ans. En captivité elles ne vivent qu’à peine 30 ans en moyenne. (« elles » car c’est un nom féminin). Cela dépend des espèces bien sûr car il en existe des tas, mais quoiqu’il en soit la différence de durée de vie entre les orques dans la nature et celles en captivité est impressionnante. Preuve du caractère néfaste de la captivité. Les orques sont des animaux extrêmement intelligents, ils sont dotés d’une grande capacité émotionnelle qui leur permet de développer une véritable culture et une vie sociale au sein de leur clan. Leur cerveau est même doté d’une partie que les Hommes n’ont pas, destinée justement aux émotions. C’est très étonnant. Donc ce qui se produit quand on arrache une orque à son milieu naturel, à son clan, c’est un véritablement déracinement qui les touchent émotionnellement. Elles sont ensuite confinées dans des espaces ridiculement petits par rapport aux espaces d’une immensité extrême dans lesquels elles évoluent normalement. Puis forcées à vivre dans la promiscuité avec des individus qui ne se comprennent pas les uns les autres. La conséquence désastreuse de ces conditions de vie est que les orques se battent extrêmement violemment entre elles. Elles se mutilent et vont parfois même jusqu’à se tuer ! Dans la nature en cas de conflit, les orques vont jusqu’à mettre des milliers de kilomètres entre elles pour apaiser les tensions. Pas étonnant que dans des bassins si ridicules elles en arrivent à une telle violence.

Des bébés orques sont arrachés à leurs mères, alors que dans la nature une orque ne quitte jamais sa mère, même à l’âge adulte. Ces dernières sont alors plongées dans une détresse sans nom. Sincèrement, je n’aurais jamais cru qu’on pourrait ressentir une profonde détresse dans le comportement d’une orque. Ce que je veux dire par là c’est que voir des émotions dans le regard ou le comportement d’un gorille, ça ne m’étonnerait pas du tout. Ils nous ressemblent tellement. Mais dans le comportement d’un gros mammifère marin comme l’orque… ça alors, quelle surprise. Je vous promets qu’en voyant les images de cette femelle orque qui hurlait de détresse après qu’on lui ait arraché son bébé, ça m’a brisé le cœur.

On percevait parfaitement sa détresse. Comme si c’était un Homme. C’était fou. Vraiment.

Et pour ajouter à tout cela, comme si ce n’était pas assez, les techniques d’éducation des orques (seulement certaines ou toutes, je ne sais pas) sont basées sur la punition. Si l’orque obéit et fait bien ce qu’on lui demande elle est récompensée par de la nourriture. Si elle ne s’exécute pas, elle est alors affamée. Ces animaux développent donc des ressentiments, des frustrations et certainement des psychoses liés à leurs conditions de vie ET leur éducation. On en arrive à des tragédies, avec des orques comme Tilikum qui se transforment en machines tueuses sans aucune pitié et avec une violence et une cruauté extrêmes. Mais comment peut-on s’en étonner ? Si on arrachait un enfant (petit Homme) à sa mère pour l’enfermer pendant des années dans une pièce, en le nourrissant seulement s’il obéit au doigt et à l’œil, en l’obligeant  à vivre dans cette petite pièce avec d’autres personnes qu’ils ne comprend pas, en le soumettant à des agressions quotidiennes de la part de ces autres personnes, en ne lui donnant aucune échappatoire… Pourrait-on vraiment s’étonner que cet enfant devenu adulte soit quelqu’un de totalement dérangé, malheureux, instable et potentiel très dangereux ?

Ma comparaison est certainement extrême, je ne sais pas exactement ce que perçoivent les orques de tout ça. Mais ce qui est sûr c’est qu’elles sont suffisamment intelligentes et sensibles pour en percevoir une grande partie et donc pour en souffrir cruellement. Alors quand les parcs comme SeaWorld ont le culot de se positionner comme défenseur des animaux marins, ça me met vraiment hors de moi. Quel foutage de gueule ! Je ne dis pas que les dresseurs sont de mauvaises personnes. Au contraire je suis persuadée qu’ils aiment les orques avec lesquelles ils travaillent et qu’ils font de leur mieux pour qu’elles se sentent bien. Mais c’est mission impossible en captivité. Ce que je remets en cause c’est l’existence même de ces parcs ou en tout cas la présence des orques qui par nature doivent évoluer dans de grands espaces.

Je n’arrive pas à comprendre comment la société et l’Etat peuvent fermer les yeux sur cette réalité. Enfin si je comprends, ça tient en un mot : argent. C’est tellement scandaleux.

Alors voilà, si j’écris cet article c’est parce que si ce n’était pas grâce au reportage BLACKFISH, je ne serais pas consciente de cette horreur et j’aurais peut-être pu mettre les pieds dans un de ces parcs un jour. Maintenant ce n’est plus possible, je ne participerai certainement pas à l’essor de cette industrie minable, au contraire. Je pense que c’est de notre devoir à tous de faire passer le message. Pour qu’on boycotte ces parcs et qu’un jour cette pratique soit définitivement interdite. S’ils ne gagnent plus d’argent grâce à notre ignorance, ils cesseront d’exister, ou en tout cas je l’espère.

« L’enfer n’existe pas pour les animaux, ils y sont déjà… » Victor Hugo

 

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