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L’afro, plus qu’une simple coupe de cheveux?

Parlons du livre AFRO! de Rokhaya Diallo

Dans ce livre, R. Diallo explique l’engouement actuel pour le retour au naturel et revient sur les raisons qui ont d’abord poussé de nombreuses femmes aux cheveux crépus à modifier la nature de leurs cheveux en les défrisant. De nombreux témoignages et extraits d’ouvrages nous éclairent sur la signification du retour de l’afro tout en faisant attention de ne stigmatiser personne.

Pour celles qui ne sont pas familières avec l’univers et les problématiques des cheveux crépus, voici quelques lignes pour vous remettre dans le contexte. L’entretien des cheveux crépus nécessite des produits différents de ceux utilisés pour les cheveux caucasiens. Mais très peu de produits leur étaient destinés jusqu’à il y a peu, alors face à ce manque et à l’influence des modèles de beauté aux cheveux longs et lisses, les femmes aux cheveux crépus ont commencé à utiliser des traitements chimiques pour raidir leurs cheveux de manière irréversible. De cette façon ils étaient plus malléables et conformes aux critères de beauté imposés dans la société.

Plus qu’une simple coupe de cheveux, une reconquête de son identité

Mes cheveux sont devenus une préoccupation importante ces dernières années… Et cela sans que je ne m’explique réellement pourquoi. Je me sentais un peu superficielle et j’avais honte que cela m’obsède autant, mais malgré tout je ne pouvais pas m’en empêcher, ça restait mystérieusement très important pour moi.

Maintenant j’ai compris. Plus que de mes cheveux, il s’agissait d’un retour aux sources et surtout de mon acceptation de moi-même.

Quand on est une petite fille et qu’on ne ressemble ni aux standards de beauté plébiscités dans les magasines, ni à ses copines, peu importe là où sont les différences qui nous séparent du modèle, on se crée de sacrés complexes. Je suis sûre que tous les Calimero ici présent voient de quoi je parle. Pour la petite fille que j’étais, une de ces différences était mes cheveux. « Tête de pieuvre » – m’a t’on dit un jour dans la cours de l’école quand j’étais au CP. Mes tresses étaient loin de faire l’unanimité…

Comme beaucoup de mamans de petites têtes crépues, ma mère a du trouver des solutions pour que j’accepte de me faire coiffer. Sans produits adaptés pour les démêler et les entretenir c’était une vraie torture, je ne voulais plus qu’on touche à mes cheveux. Elle a commencé avec des relaxants quand j’avais 6 ou 7 ans (traitements chimiques qui détendent le cheveux) puis est passé aux défrisages vers mes 8 ou 9 ans. A partir de cette époque là, j’ai défrisé mes cheveux tous les 3 à 5 mois jusqu’au jour où à 23 ans je me suis dis que ça ne pouvait plus durer. Mes cheveux étaient devenus tout raides, plus aucune ondulation, mais pas lisse pour autant. Et impossible de gagner en longueur car ils étaient extrêmement cassants. J’ai donc arrêté le défrisage et commencé à me renseigner sur les possibilités qui s’offraient à moi. C’est là que je suis tombée sur des dizaines et des dizaines de youtubeuses et blogueuses qui donnaient mille et un conseils sur l’entretien des cheveux et le retour au naturel. Smartista Beauty, SunKissAlba pour les américaines, Révèle Toi, Beautiful Naturelle pour les françaises… Au début je n’étais pas convaincue… je restais sur mon idéal de cheveux longs avec de belles ondulations et ne m’imaginais pas une seconde avec un afro ! Et puis la magie de l’acceptation a opéré…

Grâce à ces filles sur internet je n’ai pas simplement trouvé des conseils sur quels produits utiliser et où les trouver, j’ai trouvé les clés pour l’acceptation de moi-même. Car elles véhiculent des messages très importants qui sont qu’il ne faut pas chercher à ressembler à telle où telle personne, ni vouloir tel ou tel type de boucles ou afro. Je vous ferai grâce des détails techniques et des classifications mais sachez que tous les cheveux crépus ne sont pas les mêmes, il y a plein de textures différentes. Cela dépend un peu de la façon dont on revient au naturel (pour en savoir plus je vous invite à jeter un yeux sur mon article sur le Big Chop 😉 ) mais pour beaucoup c’est un processus à l’aveugle, on ne sait pas trop comment vont être nos cheveux. Mais on se prépare à les aimer tels qu’on va les découvrir. Au lieu de remplacer mon idéal de beauté par un autre, j’ai donc appris à m’accepter.

« Les cheveux sont des cheveux- cependant ils portent sur des questions plus larges: l’acceptation de soi, l’insécurité, et ce que le monde considère comme beau. Pour de nombreuses femmes noires, l’idée de porter leurs cheveux au naturel est insupportable. » Chimamanda Ngozi Adichie

Mais attention à la stigmatisation…

Ceci-dit, je pense qu’il faut faire attention à ne pas imposer une dictature du retour au naturel. Ce que je trouve nul c’est que des femmes se sentent obligées, de façon consciente ou inconsciente, de se défriser les cheveux pour correspondre aux critères de beauté de la société. Mais ça ne veut pas dire pour autant que toutes femmes qui se défrisent les cheveux ne le font pas par choix. Il faut qu’on puisse toujours avoir le choix. Et surtout, elles n’en sont pas moins belles. Aisha de la chaîne BlackHairVelvet les porte sublimement bien par exemple. Tant que ce n’est pas subi et qu’on ne s’abîme pas les cheveux, je n’y vois pas de problème. Et s’imposer le cheveux naturel comme on a pu nous imposer le cheveux défrisé serait totalement contraire à une démarche de libéralisation et diversification des normes de beauté.

« La beauté de l’humanité, c’est que les beautés multiples s’assument et s’affichent. Elle s’appauvrit si on se ressemble tous » Christiane Taubira

Assumer son afro en toute circonstance, pas si facile…

Dès la préface R. Diallo met le doigt sur une de mes inquiétudes actuelles : l’acceptation des cheveux crépus et imposants dans la société mais plus précisément au travail. Alors voilà, je me demande, est-ce que mes cheveux vont être un problème ? Est-ce que je mets une photo de moi avec mon afro sur mon CV ? Est-ce que je vais oser aller au travail avec mes cheveux lachés ? Des fois je m’imagine en plein entretien d’embauche, tout ce passe bien jusqu’à ce qu’on me dise « Juste une chose Mademoiselle, pourriez-vous discipliner un peu vos cheveux ? Vous savez, faire quelque chose de plus… professionnel ? » et moi qui explose et débite tout un discours d’acceptation de l’autre et de rébellion contre la dictature des cheveux caucasiens.

« Comment prétendre considérer comme légitime la place des personnes noires et d’origine maghrébine si celles-ci intériorisent un interdit selon lequel on ne tolère pas leurs cheveux naturels dans tous les espaces ? Autant les prévenir clairement: Nous ne voyons aucun inconvénient à ce que vous soyez arabes ou noirs, mais svp, soyez-le avec modération » Rokhaya Diallo

Mais malgré tout, j’ai du mal à m’imaginer avec mon afro dans une réunion professionnelle autre que dans le milieu artistique. Tout comme je n’imagine pas Michelle Obama avec une afro à la Maison Blanche. Paradoxal.

Bref, besoin de temps, besoin de plus de modèles. Petit à petit on y arrivera bien, n’est-ce pas ? S’il n’est pas facile d’assumer son afro, il en va de même pour toutes autres différences. Sortir du lot par définition est un challenge. Que se soit parce qu’on est trop ceci où pas assez cela, il faut se battre pour s’accepter et s’imposer gentiment dans le milieu dans lequel on veut évoluer. C’est important que tout le monde soit dans cette démarche, surtout aujourd’hui… C’est d’ailleurs ce que nous rappelle Georges Brassens dans cette vidéo qui clôture à merveille ce long discours… Longue vie à nos différences !

 

7 Comments

  1. Article très intéressant !! Personnellement, je n’ai jamais vécu le défrisage comme une contrainte sociale, ni comme un choix réfléchi. C’était davantage une quête identitaire (une partie de ma famille est d’origine vietnamienne et a donc les cheveux très, très raides). Mais aujourd’hui que je suis revenue au naturel, je dois dire que je suis bien tentée de me tourner de nouveau vers le défrisage, ou du moins, vers un assouplissement chimique. Ça me semble plus pratique et plus facile pour gérer mes cheveux, mais j’ai peur d’avoir comme l’impression de renier une partie de moi-même… Bref, un vrai casse-tête ^^

    • Ma Couleur Café Ma Couleur Café

      Hello June, merci pour ton commentaire 🙂 Et oui ça n’a l’air de rien mais en fait ce n’est pas si anodin… 🙂 Mais je pense qu’il ne faut pas qu’on se prenne trop la tête. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise décision, chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut de ses cheveux. L’important selon moi c’est de le faire sans subir de pression. Si jamais tu optes pour l’assouplissement je te conseille les chaines YouTube de BlackHairVelvet et de FreshLengths qui donnent de bons conseils sur le sujet 🙂
      Bisous et belle journée à toi !

  2. Je connais déjà BlackHairVelvet, mais pas FreshLengths. Je vais tout de suite voir ça 🙂
    Merci beaucoup, et bonne journée à toi aussi ! 🙂

  3. Coucou, merci pour ce super article, la seule chose que je trouve dommage c’est lorsque tu parles de « sortir du lot » avec ses cheveux au naturel, même si je comprends ce que tu entends par là. Je pense que les mentalités auront changé lorsque justement porter ses cheveux naturels de quelque nature que ce soit ne sera plus perçu comme quelque chose d’original, quelque chose qui nous démarque mais lorsque au contraire cela sera devenu quelque chose de totalement banal et que personne n’y fera plus gaffe 🙂

    • Ma Couleur Café Ma Couleur Café

      Oui exactement, je suis tout à fait d’accord avec toi. Et j’espère que ça sera le cas pour les futures générations !
      Merci pour ton commentaire en tout cas, belle journée 🙂

    • Ma Couleur Café Ma Couleur Café

      Je t’en prie 🙂

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